SAVOIR-FAIRE

Dentelle main

DENTELLE AU FUSEAU

Issue du tressage et de la passementerie, la dentelle au fuseau apparaît en France au milieu du XVIème siècle. Elle est ainsi nommée dès 1545, à cause des petites dents que l’on retrouve en bordure d’ouvrages. Depuis le XVIème siècle, la dentelle au fuseau a connu de grandes améliorations techniques dues à la qualité et à la finesse des fils ainsi qu’à la diversité des matières utilisées (fils métalliques, lin, crin, coton à partir du XIXème siècle…). Ces innovations rendent possibles un dessin plus précis et plus réaliste et une dentelle plus fine. Les évolutions de la mode engendrent de nouveaux styles et les motifs se parent de formes géométriques, allégoriques, architecturales ou encore florales.

La noblesse de l’Ancien Régime apprécie beaucoup la dentelle au fuseau mais surtout celle à l’aiguille, et les porte en abondance sur de nombreux vêtements (fraises, barbes, volants, jabots, capes, châles, étoles…). Suite à ces excès, plusieurs rois de France vont tenter d’en limiter l’usage à travers de nombreux édits somptuaires mais rien n’y fait, la dentelle reste la matière privilégiée des tenues de l’époque.

Devant tant de succès, Louis XIV décide alors en 1665 d’aider la dentelle française, en particulier à l’aiguille, et devient le premier mécène de cet art, en subventionnant des manufactures et en exonérant d’impôts les personnes liées à cette activité.

La renommée de la dentelle au fuseau et à l’aiguille française connaît, pendant plus de trois siècles, un rayonnement universel, grâce à la très grande qualité de ses créations et à leur originalité. Elle est travaillée dans de nombreuses régions françaises et prend souvent le nom des villes manufacturières (Le Puy-en-Velay, Chantilly, Caen, Bayeux, Valenciennes, Luxeuil, Alençon, Argentan…) autour desquelles, dans les villages, se développe un savoir- faire caractéristique. Elle est d’ailleurs l’un des principaux revenus de la France.
 
 

 

Après la seconde guerre mondiale et pendant plusieurs décennies, la dentelle disparaît progressivement des vêtements et du linge de table, au risque de la perte d’un savoir-faire qui n’est plus transmis. C’est au Puy-en-Velay que la dentelle au fuseau a reconquis ses lettres de noblesse avec la création en 1974 d’une association, le Centre d’enseignement de la dentelle au fuseau dont l’objet est de relancer sa pratique et de la promouvoir. En 1976, est créé l’Atelier conservatoire national de la dentelle au fuseau, rattaché au Mobilier national et aux Manufactures nationales de tapis et tapisseries, et dépendant du Ministère de la culture. Elle se pratique depuis lors dans le cadre des loisirs dans un nombre grandissant d’associations regroupant aujourd’hui des centaines de dentellières qui perpétuent et transmettent ce savoir-faire. De plus en plus de candidates dentellières passent chaque année le concours d’un des « Meilleurs Ouvriers de France ».

La dentelle au fuseau possède deux diplômes nationaux : le CAP « Arts de la dentelle » créé en 1978 et actualisé en 2004, et le BMA Arts de la dentelle, options fuseaux et aiguille intégrant le « dessin dentellier et mise en carte » mis en place en 2006. Les examens se déroulent au Puy-en-Velay pour la dentelle au fuseau.

La dentelle au fuseau s’élabore sur un métier appelé « carreau » à l’aide d’un modèle
« piqué », c’est-à-dire perforé, de fuseaux, de fils et d’épingles. Le fil blanc ou de couleurs, de coton ou de lin, mais aussi de soie, synthétique ou métallique, est enroulé et reparti de manière régulière autour de la bobine du fuseau.
Dans le passé, le métier et les fuseaux avaient des formes différentes, selon les régions et les pays. Aujourd’hui, les dentellières utilisent un métier plat, formé de carrés et de rectangles interchangeables selon l’avancement du travail, ou une galette bombée en son centre, très utile pour les pièces rondes. .

 

 

La réalisation de la dentelle au fuseau débute par le tracé au crayon du dessin sur un calque. Lors de la sélection de points utilisés pour l’exécution de la dentelle, il faut prendre en compte les contraintes techniques qui seront rencontrées lors de la réalisation. La mise en carte est ensuite réalisée par la dessinatrice qui reprend le tracé du dessin et les points sélectionnés. Le dessin est codé sur ce même calque, afin de définir l’emplacement des épingles, points de convergence et de séparation des fils servant à l’élaboration de la dentelle.

 
 

 

L’emplacement des épingles est signalé par un point, tandis que les différents points sont indiqués par des codes ou des tracés plus épais.
Ce calque codifié est alors placé sur un carton appelé « carte lyonnaise ». Ils sont ensuite tous deux fixés par des épingles sur un coussin dur. Vient ensuite le piquage, à l’aide d’un piquoir, petit outil en bois, équipé d’un mandrin terminé par une aiguille. Cette étape permet de marquer l’emplacement des épingles en perforant le carton, selon le tracé du dessin. La dentellière pourra alors travailler sur le carton piqué.

La dentellière commence par réaliser un échantillon de la dentelle proposée, afin de vérifier la conformité de la création avec l’esquisse initiale, et retravailler au besoin le marquage des points et le passage des fils.

Une fois l’échantillon validé, la dentellière peut alors commencer son travail de réalisation. Les fuseaux, embobinés de fils, sont installés par paire, reliés par des fils et suspendus de part et d’autres de chaque épingle. Si le fil se détache du fuseau au cours de la réalisation, il faut l’enrouler autour de sa tête et le maintenir par un nœud coulant. L’entrecroisement des fils bobinés sur les fuseaux permet de créer des points et des formes diverses. Ces points sont maintenus par des épingles sur le modèle fixé sur le métier. C’est cet entrecroisement qui crée la dentelle.