DENTELLE LEAVERS ET DENTELLE MAILLE

Le principe de fonctionnement du métier Leavers est issu du métier à tulle mécanique à bras, utilisant le système du chariot bobine mis au point en Angleterre par Heathcoat en 1809. « Importé » en contrebande en France une dizaine d’années plus tard, il se perfectionne et permet ainsi la création d’un tulle plus fantaisie.
Des nombreux principes de fabrication de tulle qui existent au début du XIXème siècle, seul le Leavers a su se pérenniser à Calais et à Caudry, grâce notamment à l’adjonction du système jacquard en 1834. Les métiers utilisés aujourd’hui ont entre 50 et 100 ans.
 
 

 

Au milieu du XXème siècle, est apparu en Allemagne le métier Rachel crée par Karl Meyer utilisant la technique de la maille jetée : la dentelle maille ou tricotée a pour ambition d’imiter la dentelle Leavers à moindre coût.
Issus de cette technique, les métiers Jacquardtronic dans les années 80 puis Textronic dans les années 90 ont apporté de nombreuses améliorations techniques permettant de fabriquer une dentelle se rapprochant de plus en plus de la dentelle Leavers sans toutefois égaler.

 
 

 

Trois grandes étapes sont nécessaires à la réalisation de la dentelle mécanique :
la création, la préparation et la fabrication, la finition. Les bureaux de création des dentelliers étudient les tendances, avec le recours éventuel à des cabinets de tendance externes. A partir de l’esquisse, le dessin « technique » est réalisé sur papier quadrillé. Il est ensuite mis en carte, c’est-à-dire qu’il est retranscrit techniquement sur ordinateur afin de visualiser le dessin avec ses points, leurs orientations et le passage de chaque fil. Il est agrandi 4 à 5 fois avant sa saisie. Le pointage, intégré aujourd’hui dans la mise en carte automatisée, enregistre tous les paramètres nécessaires à la réalisation de la dentelle.

 
 

 

Spécifique au métier Leavers, le perçage des cartons est aujourd’hui une étape automatisée programmable. Il reste cependant quelques perceurs de cartons qui savent interpréter le barème fourni par le pointeur. Chaque jeu de cartons est ensuite relié par laçage à l’aide de deux ou quatre laces (cordonnets plats), puis monté sur le système jacquard. De 400 à 4000 cartons sont nécessaires selon la destination du produit et la complexité du motif.
Quand le métier est équipé d’une unité de pilotage électronique, le barème informatisé peut être transmis par une disquette.

 
 

 

La seconde étape de préparation et de fabrication varie selon la filière, Leavers ou maille.

Pour la filière Leavers, l’extirpage permet d’abord de retirer le fil restant des bobines. Vient ensuite le wheelage, qui consiste à remplir des séries de 100 ou 300 bobines contenant chacune environ 100 mètres de fil. Cette opération demande une grande dextérité. Puis le presseur de bobines s’assure de la régularité des bobines en pressant à chaud, dans un four, pendant 70/80 minutes, des séries de 3 à 5000 bobines. Le remonteur place ensuite les bobines dans les chariots, en les positionnant habilement entre les lèvres de la bobine.
Viennent enfin le wappage et l’ourdissage. L’ourdisseur prépare les ensouples de chaînes, le wappeur les rouleaux de guimpes et de brodeurs. L’ensemble peut compter jusqu’à 15000 fils de différentes matières (polyamide, polyester, élasthanne, viscose, coton…). Le metteur en œuvre s’occupe ensuite des réglages du Jacquard et répare les 5000 chariots et bobines contenus dans un métier. La maintenance du métier est assurée par un mécanicien, qui s’occupe des changements d’engrenages, des réglages du bâti, etc. Le passeur de fils dispose alors le millier de fils à travers le bâti. Le tulliste, conducteur du métier, veille à la parfaite exécution de la dentelle. C’est lui qui dispose dans le métier les chariots bobine, après les avoir soupesés et triés. Il entretient et assure le bon fonctionnement de son métier.

 
 

 

Pour la filière maille, les étapes diffèrent quelque peu. Tout d’abord, l’ourdisseur prépare les ensouples de chaînes, le wappeur les ensouples ou les rouleaux de guimpes et de brodeurs. Parfois, la machine est approvisionnée directement par des bobines placées dans des cantres. L’ensemble peut compter jusqu’à 12000 fils de différentes matières (polyamide, polyester, élasthanne, viscose, etc.).

En dentelle maille, un ouvrier surveille la production de quatre métiers. Le rachéliste quant à lui conduit l’ensemble des métiers de la filière maille. Il veille à la parfaite exécution de la dentelle, tout en limitant ses interventions sur le métier lui-même. Cette tâche est réservée au régleur qui entretient et assure le bon fonctionnement du métier.


L'étape de finition est similaire aux deux filières. Après une visite de la pièce de dentelle non teinte, la raccommodeuse à l’écru marque et répare, à la machine à coudre ou à la main, les trous ou défauts survenus pendant la fabrication. Pour l’étape de la teinture et de l’apprêt, un procédé spécifique permet tout d’abord de dégraphiter les dentelles Leavers. Puis l’étoffe est ensuite thermo fixée par un passage en rame, lui conférant longueur et largeur désirées en respectant le droit fil. L’opération de blanchiment, réservée à la seule teinture des coloris clairs, enlève ensuite le caractère écru de la matière. La teinture s’effectue en milieu aqueux et sous température spécifique. Le coloriste veille en permanence à la conformité de la teinture par rapport à l’échantillon du laboratoire.
 
 

 

Une fois la teinture effectuée, la raccommodeuse à l’apprêt effectue les derniers stoppages.
Viennent ensuite l'éffilage, l'écaillage et le décollage. Elles peuvent être externalisées chez des façonniers ou parfois même réalisées par des salariés à domicile. Aujourd’hui, le découpage est assuré par une machine appelée clipping. L’écaillage est quant à lui effectué en partie manuellement pour toutes les coupes fabriquées dans le travers du métier, comme les galons et les volants utilisés pour les robes.
Les produits, en particulier destinés au luxe, peuvent être surbrodés. Cette opération, effectuée par des brodeuses sur machine Cornély ou Beyroux, permet de rehausser certains motifs par l’ajout de lacets, de fils d’or épais, de paillettes, de perles...
Après une ultime visite, la plieuse agence les bandes de dentelle selon les besoins du client, qui sont étiquetées puis expédiées.

 
 

 


DENTELLE AUC FUSEAUX MECANIQUES

Le métier à dentelles à fuseaux mécaniques tire son origine du métier à tresses mis au point en 1748 par l’anglais Thomas Wadford. Fonctionnant à l’aide de fuseaux sur lesquels le fil est enroulé et qui sont disposés autour d’une couronne circulaire, sa technique consiste à tresser un réseau de fils en tube autour d’une âme qui peut être en différents matériaux, textiles ou non. Ce sont les frères Malhère qui construisent et font breveter en 1894 un métier circulaire capable d’imiter les dessins de la dentelle aux fuseaux.

Dès 1902, l’implantation des métiers à fuseaux mécaniques se répand dans la région du Puy-en-Velay, réputée pour sa grande tradition de dentelle à la main. Le succès de cette industrie naissante est phénoménal, malgré des débuts difficiles en raison de la concurrence allemande.
Dès le premier quart du XXème siècle, des constructeurs français se mettent à fabriquer des métiers.
Aujourd’hui, le parc français comprend un millier de métiers, tous situés en Haute-Loire. La majorité d’entre eux date des années 20-30. Un quart du parc est constitué de métiers allemands perfectionnés dans les années 70, améliorant ainsi le rendement de 20 à 30 % grâce à l’augmentation de la cadence de battements.

 
 

 

Trois grandes étapes sont nécessaires à la fabrication de la dentelle aux fuseaux mécaniques :
Dès la création du motif imaginé sur papier libre, l’esquisseur connaît déjà le canevas de sa fabrication : nombre de fuseaux, taille du collecteur et du mandrin, choix des matières, points utilisés… La mise en carte permet ensuite de retranscrire le dessin sur papier millimétré à l’aide de points et de croix codifiant le passage des fils et leurs croisements, mais les professionnels n’ont que rarement besoin d’y recourir. Vient ensuite l’étape de perçage des cartons, qui s’effectue manuellement sur la piqueuse à jacquard. Chaque ligne correspond à un carton. Les cartons sont ensuite reliés entre eux par une corde à surlier et forment le jacquard qui pilotera le métier. Une moyenne de 20 à 200 cartons est nécessaire selon la complexité du motif, ce nombre pouvant s’élever jusqu’à 500 dans le cas de motifs très complexes.

 
 

 

La seconde étape commence par la préparation des bobines et des fuseaux. Les canettes, de couleurs différentes suivant leur destination, sont remplies sur le bobinoire avec les matières qui composeront la dentelle.
Après le nettoyage des fuseaux, leurs ressorts sont remontés selon la tension souhaitée des fils, ainsi que les barbins de couleur correspondante et les rondelles.

 
 

 

Puis il est procédé au montage du métier. Le mandrin, le collecteur et son rouleau d’appui sont positionnés en son centre. Les fuseaux sont mis en place sur leur pied. Ils circuleront sur le chemin du métier. Le passage des fils sur les fuseaux s’effectue à l’aide de la passette.

Puis ils sont montés entre le mandrin et le collecteur jusqu’au rouleau d’appui qui les entraînera.

 
 

 

Des réglages doivent être effectués avant le lancement de la fabrication. Lors d’une première mise en production, l’échantillonneur procède à des essais qui lui permettront de tester la taille du collecteur, celle du mandrin, d’ajuster le cas échéant le poids des ressorts des fuseaux. Une fois réalisés ces mises au point, la fiche technique précisant ces éléments est établie. Elle servira ultérieurement pour les futures productions.
La dentelle se produit à une vitesse qui varie de 1 mètre à 10 mètres par heure selon les modèles.

 
 

 

La dernière étape de finitions comporte le défilage, le repassage, la découpe, l’assemblage, le pliage, l’échantillonnage et enfin l’expédition. Le défilage se fait aux ciseaux. Il permet de libérer la ou les bande(s) de leur fils de liant qui retenaient entre eux les bords de la dentelle pour s’enrouler autour du mandrin. Le repassage donne ensuite à la dentelle sa forme définitive.
Pour certains modèles, la dentelle est découpée aux ciseaux suivant les arabesques de ses bords.
Selon la destination du produit, les bandes en laize peuvent être assemblées jusqu’à la largeur adéquate.
Après une ultime visite, les bandes de dentelle mesurées sont pliées sur carte ou sur bobine selon les besoins du client. Elles sont ensuite étiquetées, emballées puis expédiées dans le monde entier.