LA BRODERIE DE LUNEVILLE

Selon des textes anciens, des broderies étaient confectionnées à Lunéville et à Nancy dès 1363. Elles étaient alors réalisées exclusivement à l’aiguille.
Au XVIIème siècle, de nombreux artisans-brodeurs s’installent à Lunéville. Ils adoptent le nom de cette ville pour désigner leur broderie au point de chaînette, cherchant par ce biais à mieux se faire connaître, à l’instar d’autres métiers comme celui de la dentelle. Elle est alors essentiellement réalisée sur soie et sur tulle.

En 1850, le crochet supplante l’aiguille. Quinze ans plus tard, la broderie de Lunéville prend un grand tournant. On l’enrichit de perles et de paillettes, qui contribuent à son grand succès. Dès 1920, une école spécialisée ouvre ses portes. Les Années folles et l’art nouveau connaissent l’apogée de la broderie de Lunéville et plus de 50 ateliers travaillent pour les couturiers parisiens et répondent aux commandes du monde entier. Elle renoue avec le succès dès 1950, après les périodes difficiles de la crise de 1929 et des deux guerres. Aujourd’hui, plusieurs ateliers de broderie de Lunéville sont installés à Paris et travaillent principalement pour la Haute Couture, le prêt-à-porter de luxe ou encore les grandes revues parisiennes comme le Lido ou le Moulin rouge. Chaque année, plusieurs centaines de nouveaux modèles sont ainsi créés.
L’apprentissage de la broderie de Lunéville est intégré dans les différents diplômes tels que CAP et BMA « Art de la broderie » ou encore DMA Textile.

La broderie de Lunéville se nomme aussi broderie perlée et pailletée, en raison de l’ajout de rocailles, de sequins, de perles et de paillettes, cousus au point de Lunéville.
Cette broderie nécessite un grand savoir-faire.
Une esquisse est tout d’abord réalisée en couleurs, comportant toutes les indications de teintes et leurs références. Puis le dessin est réalisé au crayon, sur un calque, à partir de cette esquisse, en déterminant les matières et couleurs choisies.
Puis le brodeur, à l’aide un stylo piqueur électrique, muni en son embout d’une aiguille, va suivre les contours du dessin et perforer ainsi le calque.

 
 

 

C’est ce calque perforé que l’on pose ensuite sur le tissu à broder. Des poids sont placés sur le papier et le tissu afin de les maintenir à plat.

Vient ensuite l’étape du ponçage. A l’aide d’une poncette, la dessinatrice effectue de larges mouvements circulaires sur le dessin piqué, afin d’y déposer une poudre à base de résine et de craie, appelée poncif. Le calque retiré, le motif apparaît alors sur le tissu, le poncif s’étant déposé dans les perforations du carton. Pour la broderie de Lunéville, le dessin est poncé sur l’envers du tissu.
L’étape suivante est alors le fixage. Il s’agit de faire adhérer le dessin poncé au tissu, en le vaporisant d’une essence minérale, afin de le fixer et de ne pas salir le tissu en le travaillant.
 
 

 

La pièce à broder est montée au métier. La broderie s’effectue ensuite en plaçant la main qui tient le crochet sur le métier, et la main qui tient le fil au dessous du métier.

 
 

 

Les créateurs et les couturiers préparent le tracé des patrons des pièces qui seront ensuite brodées, afin de faciliter par la suite le montage. En effet, la broderie perlée et pailletée modifie les dimensions des pièces, de par l’ajout de ces éléments.
Pour préserver le caractère unique de la broderie de Lunéville, les brodeurs multiplient les effets en ajoutant des techniques de jours ou d’autres points de broderie.


LE POINT DE BEAUVAIS

La réalisation de la broderie avec un crochet trouverait ses origines en Chine et aurait été introduite en France vers 1760, époque à laquelle le point de chaînette au tambour connaît un grand succès. La marquise de Pompadour témoigne un vif intérêt pour ce point de grande qualité, c’est pourquoi il se nommera d’abord « Point de Pompadour ». Elle contribue largement à son succès en en ornant ses parures et à cette époque, les vêtements des hommes et des femmes sont brodées de ce point.
Ainsi, le point de Beauvais apparaît sur les cols, les gilets, les corsages, les robes, mais également dans les ornements d’Eglise, les petites pièces de décoration comme les boîtes, les cadres...Des fils métalliques d’or et d’argent sont aussi ajoutés et ornent la broderie.
Cette mode se perpétue sous Louis XVI et le Premier Empire.
C’est au début du XXème siècle qu’on retrouve le point de Beauvais dans la décoration, comme dans les coussins, les tentures, les tapis et les rideaux de mousseline... Il rencontre un grand succès à l’Exposition Internationale de Liège de 1905. Depuis les années 40, le point de Pompadour est rebaptisé point de Beauvais. L’Atelier National du Point d’Alençon pour l’Etat et deux ateliers parisiens pour le secteur privés perpétuent aujourd’hui encore la tradition de ce point. L’apprentissage du point de Beauvais est intégré dans les différents diplômes tels que CAP et BMA « Art de la broderie » ou encore DMA Textile.

Le point de Beauvais est un point de chaînette au crochet, avec une maille bien serrée. Il peut se broder sur différentes matières comme la soie, le tulle, l’organdi et même le cuir. L’emploi de couleurs très variées et le traitement des sujets confèrent un grand raffinement à ce point. Il est encore aujourd’hui très utilisé pour orner le linge de maison et les pièces de Haute Couture, réalisé par deux grandes maisons parisiennes, Linge au coeur et Malbranche. Le point de Beauvais débute par le dessin du futur motif sur un claque, qui permettra à la brodeuse de la reproduire ensuite sur le tissu.
Puis vient la phase de piquage. Il faut suivre les contours du dessin avec une machine particulière, afin de perforer le calque de trous, qui permettent ainsi de passer un poncif. Il s’agit d’un mélange de noir de fumée, qui révèle la qualité du piquage lorsqu’on le passe sur le calque et permet ainsi de vérifier s’il n’y a pas d’oubli dans le piquage (auquel cas il faut le corriger et repiquer) et si la perforation des trous est régulière et identique.

 
 

 

Le ponçage du calque piqué permet d’apposer le dessin sur une feuille de papier à dessin. L’étape suivante est la mise en coloration. Aidée de la gamme de couleurs de fils choisis posée devant le dessin, la dessinatrice crée une palette avec les teintes et les références des matières sur le côté du dessin. Elle le peint alors en fléchant chaque couleur avec son numéro.

Ces différentes étapes servent à aider et accompagner la brodeuse dans son ouvrage. Le calque de placement est ensuite posé sur le tissu à broder. Il sert à déterminer les traits extérieurs et les axes, selon l’emplacement exact souhaité du motif. Quand ces repères sont déterminés, on pose des poids dessus afin de poncer le dessin.
 
 

 

La brodeuse monte ensuite son métier en bois. Il est composé de deux montants et de deux lattes percées de trous ronds. Une sangle est clouée sous chaque montant. Le tissu à broder est cousu aux sangles. Le cadre est posé sur deux tréteaux. La brodeuse peut alors commencer son travail de broderie.
Pour le point de Beauvais, qui est un point de chaînette réalisé au crochet, elle place l’une de ses mains sous le travail, l’autre au-dessus. La première tient le fil qu’elle place dans le crochet lorsque celui-ci, tenu par l’autre main, traverse la toile à broder. Le crochet remonte le fil et repique dans la toile en décrivant une boucle.


 
 

 

 

LA BRODERIE OR

L’Histoire et la littérature retracent l’utilisation de la broderie Or depuis l’Ancien Testament au tombeau de Toutankamon, en passant par L’Ulysse d’Homère. La ville de Babylone aurait ainsi été le siège de la broderie Or dans l’Antiquité et l’aurait donc exportée en Grèce et en Italie.
Grâce au rayonnement de l’Empire ottoman, cet art majeur se développe dans toute la partie Est du monde, de la Turquie à la Grèce en passant par la Palestine ou la Hongrie. On utilise alors des fils d’or fin, de la cannetille d’or faux ou encore des fils d’argent fins et faux. Au Moyen Age, après l’invasion des Anglais en France et sous l’influence du Christianisme, la broderie Or s’emploie beaucoup, notamment dans la réalisation des vêtements liturgiques.
Les Hauts représentants de l’Eglise montrent ainsi leur richesse et leur pouvoir à travers leur habillement.

 
 

 

Les grands seigneurs de la Renaissance portent quant à eux des costumes sombres qui mettent en valeur les broderies d’or et d’argent, agrémentées de perles et de pierres précieuses. On les retrouve aussi sur les chaussures, l’ameublement et l’harnachement des chevaux.
Sous le règne de Louis XIV, l’emploi de la broderie Or est tellement excessif que des édits sont établis pour en limiter l’usage à des occasions précises.

C’est Napoléon Premier qui rétablit son utilisation, notamment lors de son couronnement. Il imposera même ces broderies sur les costumes officiels de cérémonie, de fonction et pour les grands services publics. Jusqu’à la Restauration, les vêtements comporteront beaucoup de broderie Or.
Dans les années 40, la Fédération Française des Dentelles et Broderies comptait plusieurs brodeurs spécialisés en broderie or qui travaillaient pour le compte de l’armée et de l’église. Aujourd’hui, il ne reste plus que deux foyers de production en France.
Cette broderie toujours classiquement utilisée pour les fanions, drapeaux, bannières, écussons, habits d’apparats, est aussi maintenant réinterprétée, avec succès, en partenariat avec des créateurs contemporains, dans la réalisation d’oeuvres d’art inscrites à l’inventaire du Ministère de la culture.
 
 

 

Avant de commencer la broderie, il y a la préparation.
On commence par retracer le dessin au crayon sur un calque que l’on perfore ensuite sur l’envers, à l’aide d’une aiguille, à intervalles réguliers.

Puis vient l’étape du ponçage. Le motif piqué et maintenu sur le tissu par des poids, est reproduit avec une poudre à poncer que l’on passe sur les trous avec une poncette (morceau de feutre). Il suffit alors de la fixer avec un fer à repasser en intercalant une feuille de papier de soie.

 
 

 

Les supports à broder doivent avoir été préalablement doublés avec une toile coton.

La brodeuse monte ensuite son métier. Il est composé de deux mortaises et de deux lattes perforées.Différentes techniques de points sont utilisés en broderie Or. Pour le relief ou « bourrage », il faut utilisé un carton ou une ganse. Mais d’autres matières (ouatine, molleton, feutrine, et même cuir) sont également utilisées selon l’effet désiré. Pour faire une découpe en carte canson, il vous faut reproduire le dessin sur celle-ci (à l’aide du calque) puis découper le motif. Il faut ensuite la positionner sur le tissu et la fixer à l’aide de points lancés.
 
 

 

La cannetille se compose d’un fil métallique enroulé en spirale appelé trait ou lame, uni ou façonné.

La broderie Or est réalisée avec des fils d’or ou d’argent, de la cannetille ou du jaseron.
Les points de couchure sont utilisés pour préserver les supports et les fils qui sont fragiles.

 
 

 

 

LA BRODERIE BLANCHE

Avant d’être enseigné dans les cours royales, l’art de la broderie blanche était précieusement conservé dans l’enceinte des abbayes. C’est à la Renaissance qu’il gagne son prestige, avec la mode du linge de corps. Draps, oreillers, courtepointes, nappes se parent alors de broderies blanches.
L’invention et l’utilisation au XVIIème siècle d’un tambour, plus petit et plus maniable que les grands métiers, remettent la broderie blanche à la mode. Marie-Antoinette, puis plus tard l’impératrice Joséphine contribueront à son succès, en se parant de fichus et de robes en fine mousseline ornées de broderies blanches.
L’art reste fondamentalement le même mais évolue au cours des siècles selon la mode.
Ainsi, les semis de fleurs sont en vogue à l’époque romantique. Les formes souples seront ensuite à la mode avec l’art nouveau puis l’art déco mettra en avant les motifs angulaires.
Le succès de la broderie blanche est à son apogée à la fin du XVIIIème siècle, époque à laquelle de nombreux ateliers ouvrent pour répondre à la forte demande. L’atelier de Plombières se spécialise ainsi et devient fournisseur officiel de l’impératrice Joséphine. Ce succès ne se dément pas et l’on trouve plus de 200 maisons à Nancy au milieu du XIXème siècle. Les dessins des broderies se différencient selon les régions et de nombreux ateliers ouvrent partout en France, la technique de base reste la même.
Du XIVème au XXème siècle, marquer son linge est un privilège réservé aux rois, de Charles V à Louis XIV. Broder son linge est ensuite octroyé à l’aristocratie. La bourgeoisie suit ensuite cette mode, chaque famille faisant broder ses chiffres sur son linge.
C’est au début du XXème siècle que la broderie des initiales apparaît, entourée dans un médaillon serti de fleurs, de rubans ou de pois.

Il existe aujourd’hui encore des brodeuses qui travaillent la broderie blanche, notamment pour le linge de maison et les arts de la table. Beaucoup d’entre elles assouvissent cette passion dans le cadre des loisirs.

La broderie blanche actuelle est réalisée avec du coton blanc, sur un fond blanc ou couleur. Elle peut se faire sur le doigt mais il est préférable d’utiliser un tambour qui donne à la toile une tension régulière et une plus grande régularité de points. La dimension du tambour dépend de la surface à broder.
Les toiles de lin et de coton sont les plus utilisées mais on peut également broder sur de l’organdi ou de la batiste. La broderie blanche est une broderie bourrée dont les points, parallèles entre eux, doivent être cousus perpendiculairement au bourrage, qui donne un relief visible au motif et est traditionnellement employée dans le chiffrage. Elle est constituée de différents points : le point avant, le point lancé, le point de noeud, le cordonnet, le point de plumetis, le point de sable, l’oeillet, le point de feston, les jours, les fils tirés...